CONVIVIALITé

Il y a quelques semaines,  je faisais la queue devant une caisse de la Migros Fusterie. Devant moi,  un jeune homme posa sur le comptoir un petit pain et un bout de fromage, il sorti de sa poche des pièces de 5 et de 10 centimes,  les aligna en rigolant jusqu’à ce que la somme due soit atteinte. A son teint basané, son français approximatif, sa jovialité,  je compris qu’il s’agissait d’un de ces musiciens d’Europe de l’Est qui sont venus tenter leur chance en Suisse.

A la même période,  je rencontrais sur la promenade de la Treille une habitante du Bourg de Four. Elle était excédée, à bout de nerfs. Elle me dit son épuisement, sa lassitude devant ces musiciens ambulants qui se succèdent aux terrasses des cafés et sa révolte envers les autorités municipales qui ont supprimé le contrôle qu’ils exerçaient sur ce type d’activité estivale.

Sur cette même place,  une commerçante vit un calvaire similaire, obligée de se calfeutrer dans son échoppe,  elle a fini par protester en plaçant une pancarte sur sa devanture.

difficile de vivre la ville ?

Ceci est un exemple parmi tant d’autres,  qui illustre la difficulté de vivre la ville, de faire vivre une ville. Ceux qui ne sont pas soumis à la lancinante succession des morceaux musicaux plus ou moins bien exécutés,  qui se répètent jour après jour, nuits après nuits, ne peuvent comprendre l'exaspération. Le passage d’un musicien lorsque que l’on est assis pour quelques minutes sur la terrasse d’un bistrot est souvent agréable. Lorsque par contre,  après une journée de boulot,  on se retrouve chez soi et que l’on se surprend à se dire «Non,  encore ces Brésiliens..» ou  «Ah, non, c’est pas vrai, Kalinka… encore !»,  c’est une toute autre histoire.

La convivialité: un art de vivre!

Comment vivre ensemble dans nos villes, comment exercer cet art de vivre que l’on appelle convivialité. Comment concilier des intérêts divergents ou apparemment divergents.

A l’origine des tensions qui égrainent la vie de nos villes, se trouve souvent l’absence d’imagination, l’absence de  l’imagination de l’autre. Se mettre simplement à la place des autres pour quelques instants.

Souvent,  lorsque des jeunes et des moins jeunes sortent d’un pub ou d’une boîte de nuit en hurlant, ils ne pensent pas un seconde que des habitants essaient,  juste au-dessus de leurs têtes, de trouver le sommeil réparateurLorsqu’un motocycliste pose son véhicule sur le trottoir,  il ne se doute pas que quelques instants plus tard une mère avec une poussette ou une personne âgée avec un ‘cadi’ risquent d’être bloquées et devront laborieusement descendre du trottoir pour contourner l’obstacle. Lorsqu’un automobiliste se gare sur une piste cyclable, comme à la rue de l’Hôtel de ville, il n’imagine certainement pas que des enfants à vélo, sur le trajet de leur école, devront les contourner en risquant de se trouver, à la grande frayeur de leurs parents,  face à face avec des voitures empruntant la rue dans l’autre sens.

Place aux dialogues

La convivialité n’est pas acquise, la convivialité se construit grâce aux dialogues, à l’écoute de l’autre, à l’intérêt et au respect des différences. Elle se construit sur l’exercice d’une certaine tolérance. La convivialité est un équilibre instable, telle la vie, mais c’est un passage obligé si l’on veut vivre bien ensemble.

Si ceci est vrai pour les usagers de notre centre ville, ceci est encore plus vrai pour nos autorités.

Ce sont eux qui doivent mettre en place les règles du jeu, ce sont eux qui doivent assurer que le jeu se déroule harmonieusement et sans tricherie.

Les exemples choisis dans cet édito ne sont pas anodins. Ils sont tous directement liés à des lacunes et des manquements de nos autorités genevoises. Comment se fait-il que les pouvoirs publics aient abandonné le régime des patentes données aux chanteurs ambulants. C’est le seul moyen de faire une sélection basée sur la qualité et la diversité, les responsables du RER à Paris l’ont bien compris. Comment expliquer cette absence de sanctions à l’encontre des motos qui se garent partout et n’importe où. En est-il de même à Lausanne ou Zurich? Comment accepter que certaines de «nos autorités» ne respectent pas les règles de stationnement,  notamment dans le cas de la piste cyclable de la rue de l’Hôtel de ville ?  Comment accepter qu’au centre ville genevois, des établissements, dits publics, continuent impunément à perturber nos nuits,  alors qu’à Neuchâtel, de gros efforts sont faits pour régler ce problème.

La convivialité,

une responsabilité de tous

La convivialité est une responsabilité de tous, les associations du centre ville y contribuent à longueur d’années,  notamment par des animations de quartier. Nos autorités aussi, et la fête de la musique en est un bon exemple, mais ces mêmes autorités doivent créer les conditions de l’exercice d’une convivialité sereine. On se chargera de le leur rappeler.

jdl